J. LACAN

LES SÉMINAIRES

J. LACAN LE SÉMINAIRE livre XV

1967-68


L’acte psychanalytique

J. LACAN LE SÉMINAIRE livre XV

1967-68

L’acte psychanalytique

Ce séminaire fait écho à ceux de l’Éthique de la psychanalyse et du Transfert car, à la fois l’acte suit l’interrogation socratique du Menon : La vertu est-elle une science ? Et il est lié au fonctionnement du transfert. Sa manipulation résulte de l’estimation que peut faire l’analyste de ce qu’il recueille d’un savoir dans la direction de la cure. Ce savoir est de l’ordre de la trouvaille. Il est déjà là à nous attendre – dans les actions accidentelles ou symptomatiques - avant que nous ne le fassions surgir. D’où la loi du psychanalyste : « Rendez à la vérité ce qui est à la vérité, et à la connerie ce qui est à la connerie. » (p 43) Car la vérité concerne la sexualisation des êtres parlants, quand la connerie, elle, la déconnaît : 

 

-       L’organe est marqué d’une inappropriation particulière à la jouissance. 

-       L’acte sexuel est irréductible à toute réalisation véridique. 

-       L’acte psychanalytique répond à la déficience qu’éprouve la vérité de son approche du champ sexuel. 

 

La fonction du sujet supposé savoir 

 

Lacan interroge dans le Ménon la dimension du sujet en tant que support du savoir. Il se demande si elle est « pré-établie aux questions sur le savoir ». (p56) 

Socrate propose un dessin à l’esclave qui agit soit comme un décryptage sur le partenaire qui cherche à répondre à une question de géométrie métrique. Ici, le dessin agit à la manière de la fonction interprétative du transfert par l’analyste : « C’est dans la mesure où notre interprétation lie d’une autre façon une chaîne (…) d’articulation signifiante, qu’elle fonctionne. » (p57) Soit le dessin agit comme révélation. Parce que les deux dessins ne sont pas le décalque l’un de l’autre, Lacan suppose que l’un révèle l’autre par métaphore. Il conclut par cette ouverture : 

 

« Est-ce que l’organisation signifiante de l’inconscient structuré comme un langage est ce sur quoi notre interprétation vient s’appliquer ? Ou est-ce qu’au contraire, notre interprétation, en quelque sorte, est une opération d’un autre ordre, celle qui révèle un dessin jusque-là caché ? » (p57) 

 

Parce que l’analysant n’est pas quelque chose à plat (image du dessin) mais un sujet déterminé par l’inscription dans le A, ça n’est ni l’une ni l’autre des deux propositions. Que le savoir « fait faille » voici la fonction de la Vérité. En effet, le sujet étant déterminé par le langage, il est inapte à restaurer cet effet de signifiance dans sa relation au monde. Et, parce qu’il ne se pose qu’en temps que sujet sexué donc manquant, il ne peut atteindre le statut de la complétude, de la satisfaction. « Du fait qu’il entre en psychanalyse, le transfert s’installe en fonction du sujet supposé savoir mieux que les autres. » (p 58) La question de l’intervention de l’analyste se pose en ces termes : soit les deux dessins se correspondent point par point, centrée là sur un « je lis » (p 61).  Soit au contraire par l’effet de la manipulation, un dessin se révèle dans sa nature de dessin. L’analyse est alors centrée sur un « j’écris » (p 62) C’est à dire que l’anamnèse « ce dont on se souviens, c’est la constitution de l’amnésie, c’est le retour du refoulé.» (p 58) Alors, les effets de l’interprétation forcent à « l’inventivité du sujet » (p 59) car « il n’y a que ce qui résiste à l’opération du savoir faisant le sujet, ce résidu qu’on peut appeler la vérité. «  (p 59) 

 

L’acte psychanalytique essentiel du psychanalyste est de « feindre d’oublier » qu’il a pu, dans son expérience de psychanalysant, être lui aussi réduit à sa fonction de cause d’un procès en impasse. « Pour autant que de ce sujet il connaît d’expérience la déchéance et l’exclusion et ce qui résulte du côté du psychanalyste. » Sa position d’analyste consiste dès lors à la « maintenue intacte en lui de ce sujet supposé savoir (…) » (p 59) Elle n’est donc que le fruit d’un acte, comme Lacan l’appelle la fruition, c’est à dire en droit « la jouissance » (comme l’usufruit) de sa présence de sujet. 

 

Le mode de l’appréhension sachante de l’analyse commence au « je perds au fil » car c’est là qu’on entre dans le champ du lapsus, de l’achoppement, de l’acte manqué. Ce champ, le psychanalyste y est lui-même pris. Pour Lacan, c’est « quand l’acte manqué est supposé, contrôlé, que se révèle la vérité » (p 63) Vérité qui concerne donc plus la particularité de la structure psychique du psychanalyste en référence à son acte. « Il n’y a [même] rien d’abusif à parler de ce point tournant du passage du psychanalysant au psychanalyste, puisque par les psychanalystes eux-mêmes la référence est constante, et donnée comme condition de toute compétence analytique. »(p 66) Pour lui, la communauté analytique de l’époque « s’organise [au contraire] d’une énonciation de la fonction de pensée, du thinking, [c’est à dire] du processus primaire lui-même qui hallucine son objet » (p 66) faisant alors l’économie du principe de réalité ! Réduisant le relief apporté par Freud à la psychologie générale, le thinking sert à définir le bien quand il s’agit plutôt d’entrevoir la vérité de l’être. 

 

Réel, imaginaire, symbolique 

 

Lacan précise sur le schéma qui suit pourquoi il positionne le S barré à l’opposé du S symbolique car il s’agit là d’une projection plan à plan « qui permet de nous demander ce qu’il en est des rapports du sujet entre l’imaginaire et le réel. » (p 68) Le grand I correspond à l’incidence du signifiant dans le développement, « à savoir la première identification : le trait unaire » (p 69) Enfin, le petit a est « quelque chose comme une chute du réel sur le vecteur tendu du symbolique à l’imaginaire, à savoir comment le signifiant peut prendre son matériel dans des fonctions imaginaires. » (p 69) 

 

La fonction du symptôme est mise comme échec du sachable : le savoir « ce qui toujours représente quelque vérité » (p 69) Et le pôle tiers : la jouissance

 

Par le repérage en points cardinaux, la question à laquelle Lacan répond est : « Le psychanalyste prend t-il en charge la vérité ? » (p 70) La réponse est non parce qu’aucun des ces pôles n’est jugeable qu’en fonction de ce qu’il représente des trois sommets de départ. C’est à savoir que la vérité c’est, au lieu de l’Autre, l’inscription du signifiant.

Lacan reprend à partir de l’acte psychanalytique l’interrogation sur la logique du fantasme. La phrase « je pense, donc je suis » correspond à l’opération d’aliénation, il traitera également de l’opération vérité et de l’opération transfert, pour en faire les trois termes du groupe de Klein.