J. LACAN

LES SÉMINAIRES

J. LACAN LE SÉMINAIRE livre XVI

1968-69


D’un Autre à l’autre

J. LACAN LE SÉMINAIRE livre XVI

1968-69

D’un Autre à l’autre

L’inconsistance de l’Autre 

 

Contexte : Marché du savoir, grève de la vérité 

 

L’enseignement de Lacan est traversé par les « évènements » de mai 68, dont il dit que « la grève est justement un rapport qui soude le collectif au travail ». Il reprend pour l’occasion les écrits de K. Marx en liant sa « plus-value du travail » au « plus-de-jouir obtenu de la renonciation à la jouissance » (p40). Il interroge : 

« Le savoir est-il un bien ? » (p40) 

Pour lui « un savoir est toujours payé à son vrai prix mais au dessous de la valeur d’usage que cette vérité engendre (…) » (p41) Pour lui, dans la grève, la vérité collective du travail se manifeste, c’est une « grève de la vérité » (p41) Il incrimine les détenteurs du savoir universitaire, les structuralistes et ceux qui débattent dans les cafés de vouloir sortir son enseignement de son contexte, pour conclure à « ne rien pouvoir dire de la psychanalyse ». Aveux selon lui de vanité : « un discours qui ne s’articule pas de dire quelque chose est un discours de vanité. » (p43) 

 

Topologie de l’Autre 

 

 Pour introduire la dimension du plus-de-jouir il part du contexte « culturel » (non pas « civilisationnel ») du marché du travail pour prétendre que le fruit du travail constitue une valeur non payée car « son vrai prix est dans la valeur d’usage (…) » (p37) C’est ce travail non payé qui représente une plus-value et pour Lacan, le travailleur s’inscrit lui-même dans le travail en tant que « je » non pas en tant que sujet. 

Pour affiner sa topologie de l’Autre il part de la première ébauche du graphe du désir (Séminaire IV- La relation d’objet) et de son dédoublement : 

Lacan rappelle que le graphe représente « non le signifiant et le signifié, mais deux états du signifiant. » (p51) 

En A est la fonction du signifiant qui détermine le sujet. Dans sa définition un signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant, (p55) Lacan invoque la théorie mathématique des ensembles pour écrire le rapport du signifiant (S1) à la paire ordonnée (S1flècheS2) qui devient dans son raisonnement SflècheA. 

Avec une longue explication sur la réécriture en série, il conclut que le A est à la fois l’ensemble qui totalise le lieu des signifiants ainsi qu’une une partie de cet ensemble : 

 

Il est clair que le A figurant dans la paire ordonnée qui constitue cet ensemble est pris pour identique au A qui désigne ce même ensemble. (p58) 

En conclusion, la démonstration dit que « aussi bien, non pas que le sujet n’est point inclus dans le champs de l’Autre, mais que le point où il se signifie comme sujet est extérieur, entre guillemets, à l’Autre, c’est-à-dire l’univers du discours. » (p77) 

 

Je suis ce que je est ( ! ) 

L’univers du discours a été, de tout temps, celui de la question « Dieu existe t-il ? » À travers la rencontre de Moïse sur le mont Sinaï (Séminaire VII -L’Ethique de la Psychanalyse) Lacan rappelle que sans référence aux dix commandements, « pas moyen de dire la vérité ». (p 81) Ils constituent un point idéal à la castration humaine (ne pas convoiter la femme du voisin, ne pas tuer son prochain, ect.) Cette rencontre est annonciatrice des lois du Je parleJe est entièrement assujetti « assujet ». Car, pour Lacan dès qu’on tient un discours ce qui surgit, ce sont les lois de la logique de la structure

La structure étant ce qui est réel, ce qui commence par une impossibilité. 

 

Et, en S barré poinçon grand D, « du seul fait de la structure de l’A toute énonciation se fait demande. « À ce niveau la question est double. C’est la demande à l’Autre de ce qui lui manque, Je me demande ce que tu désires, et son double, Je te demandes (…) ce qu’est Je. » (p87) Sur les Graphes, en d(A), désir de l’Autre, s’installe le nœud même de la phrase le désir de l’homme c’est le désir de l’Autre : 

 

 Le un et le petit a 

 

Qu’en est-il de genèse de l’Autre ?  Il est à distinguer de cet Un qui est avant le 1, « à savoir la jouissance (…) le rapport du a, comme le manque reçu de l’Autre au 1, comme le champ complété de l’Autre » (p133) s’illustre comme tel : 

 

Les trois matrices

 

Les matrices de Lacan postulent en quatre hypothèses l’existence ou non de Dieu. Soit l’observance des commandements divins confondus –chez les croyants- avec « la renonciation à quelque chose » (p154). Pour ceux-là dit-il, « ce qui est laissé dans cette vie est noté d’un zéro (0), moyennant quoi une vie future se cote du terme de l’infini (¥), d’une infinités de vies promises infiniment heureuses. «  (p154) Il écrit A le cas où Dieu existe et A barré celui où Dieu n’existe pas et formule l’hypothèse « Dieu existe t-il ? » comme un pari (Le pari de Pascal). De ce que je comprends, soit Dieu existe et on gagne une vie infinie, soit Il n’existe pas et on perd un a… Mais, dit-il, « qu’est-ce qu’on gagnera exactement ? Car le a n’est pas défini avec précision... » (p155) À priori a c’est la mise développée dans les trois matrices du pari. (p169) Du A, « on peut en faire une classe, un sac, un Un (…) Il faut qu’il inclue le Sujet en tant qu’il représente le sujet auprès de (…) A. » (p180) C’est ce qui fait que A n’est plus le trait unaire mais le trait unifiant « qui définit le champs de l’Autre. » 

Là, nous voyons se reproduire indéfiniment a. 

Dans l’ordre logique, que faisons-nous de ce resserrement, où nous essayons de faire apparaître le a comme un reste dans le tout ? (p182) La pensée est elle-même l’ombre de la fonction de l’objet a

 

La jouissance : son champ 

 

« C’est dans le réel que je désignerai le point pivot de l’éthique de la psychanalyse. » (p189) La perspective utilitariste de J. Bentham est celle qui rend le mieux compte, « qui réactualise le mieux l’événement Freud et ce qui s’en est suivi » c’est à dire la catégorie du symbolique sous le terme de fictions. Car, la vérité par essence a structure de fiction.  « C’est là le départ essentiel qui permet de poser la question de l’étique. » (p190) La fiction rejoint « la possibilité de l’hallucination -tel que le rêve- (…) qui est possibilité spécifique du principe de plaisir. » (p191) 

 

L’Entwurf, l’Esquisse de 1895 est la trouvaille de Freud qui lui permet de construire l’économie du système Y. En tant que fonctionnement de l’appareil régulateur de l’inconscient articulé sur le principe de plaisir. Selon Lacan, « dans la position freudienne, rien n’est tenable de la représentation que ce qui (…) s’articule à une structure, faite de trames, de réseaux passant tout à fait hors du circuit du sujet où prétendait s’unifier la représentation. » (p194) Oubliant les transferts d’énergie le long de la trame neuronique, il reste l’intuition de Freud d’avoir matérialisé « qu’à chacun des croisements un mot est inscrit, le mot qui désigne tel souvenir, tel mot articulé en réponse, tel mot fixant des relations, tel mot frappant, marquant, engrammatisant le symptôme. » (p194) Ça n’est rien d’autre nous dit Lacan, que l’articulation signifiante sous sa forme la plus élémentaire. 

  • La référence d’un signifiant à l’ensemble (A) n’a rien d’évident. Lacan invite plutôt à considérer la « non-coïncidence entre l’assertion intuitive que tel élément est partie de cet univers et l’articulation formelle de cette assertion. » (p196) 
  • Différence et répétition sont les mécanismes de l’inconscient qui en définissent sa structure logique minimale. 
  • La répétition permet d’instituer une première logique : les fonctions du déplacement et de la substitution. 

 

Le rêve est déjà en lui-même une interprétation sauvage. Que faisons-nous alors en lui substituant notre interprétation raisonnée ? 

 « Il n’est nulle parole dans le rêve qui ne soit recueilli quelque part dans le texte de paroles effectivement prononcées. » (p198) 

Qu’est-ce que, à dire, ça veut ? 

Où est la faille de ce qui se dit ?